LACHER PRISE

Merci à Virginie Rabisse de Var Matin pour ce bel article.

Série 4/5 Cette semaine, Var-matin vous amène à la rencontre de Toulonnais aux professions rares sous nos latitudes. Aujourd'hui, faites connaissance avec Fabien Bastier, calligraphe

Son truc à lui, ce sont les écritures. Pas les saintes. Plutôt les romaines, gothiques ou encore chancelières. Dans sa boutique du quartier des Arts, au 11 de la rue Pierre-Sémard, entouré de ses plumes et bouteilles d'encre, Fabien Bastier est calligraphe. Depuis le début de l'année, son Luzia Art shop, qu'il tient avec son épouse Béatriz, propose non seulement tout le nécessaire pour pratiquer ce noble art, ainsi que des ateliers et stages permettant de le découvrir, mais aussi des travaux originaux et des prestations pour des événements.

Parce que si ce service est rare, la demande, elle, va grandissante. « On le voit, souligne l'artisan, les gens veulent de plus en plus du fait main, traditionnel, voire prestigieux, pour leurs événements. » Faire-part de mariage, plan de table et marque place, ainsi que des objets personnalisés, ou encore des créations destinées à être tatouées : la palette de supports est aussi large que l'imagination est débridée.

 

FAIRE PLUS DE PLACE À LA PASSION

 

« Il ne s'agit pas que de dessiner sur des feuilles », insiste Fabien Bastier, indiquant une paire d'espadrilles qui, comme soixante-dix autres, ont été estampillées du lieu et de la date d'un mariage en Grèce pour être offertes aux convives.

Le jeune homme de 34 ans en est ainsi à sa troisième commande pour un mariage. Il participera d'ailleurs le mois prochain au salon du mariage au Zénith Oméga à Toulon, puis à celui d'Hyères. « Ça commence à pas mal marcher », assure-t-il.

Alors, s'il continue, pour l'heure, d'être fonctionnaire à 70 %, il espère bien voir cette part réduire au profit d'une plus grande place à sa passion.

Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit. « Depuis tout petit, j'aime écrire : ma mère m'achetait sans cesse de nouveaux stylos et à l'école, j'étais plus préoccupé par le fait de bien écrire que de bien écouter », s'amuse Fabien Bastier. Ce qui ne l'a pas empêché de finir ses études à 25 ans, un diplôme d'ingénieur d'affaire et un master en commerce international en poche.

 

ÉLOGE DE LA LENTEUR

Déjà rompu à de nombreuses techniques de calligraphie, c'est seulement en 2012 qu'il décide de se former réellement auprès d'une spécialiste. Mais c'est la naissance de sa fille Eva, il y a deux ans, qui lui fait l'effet d'un déclencheur. Il décide alors de faire évoluer sa vie professionnelle vers quelque chose qui a plus de sens pour lui.

Certes, son objectif est de finir par vivre de ses prestations et de sa boutique. Il n'est toutefois pas pressé. Préférable puisque Fabien Bastier voit lui-même son art comme un éloge de la lenteur « dans un monde où on va trop vite ». Il explique : « La calligraphie a un côté spirituel : on ne peut pas faire bien tant qu'on n'a pas accepté qu'on n'y arrive pas et il faut se servir de ses erreurs. »

En d'autres termes, c'est l'art du lâcher prise et de la patience. « Moi-même, ça m'a permis de faire tout un chemin. » Et si le jeune homme partage aussi son savoir-faire avec ceux qui fréquentent ses ateliers, c'est sûrement, dit-il, parce qu'« on enseigne souvent ce qui nous fait défaut ».

 

Même pas un an que Luzia Art shop est ouvert et encore moins de temps que Fabien Bastier propose ses services de calligraphe. Pourtant, il fourmille encore de projets. L'un d'eux pourrait être une forme d'art-thérapie auprès de personnes malades. « C'est une activité qui peut être simple : elle ne nécessite qu'une feuille et un plume. » Si la mise en œuvre d'un tel projet ne lui semble pas très compliquée, le jeune homme réfléchit encore à la manière dont il pourrait permettre à des patients d'accéder à ce savoir-faire. « Peut-être directement dans des établissements de santé. »